{"id":6409,"date":"2025-08-15T19:45:00","date_gmt":"2025-08-15T17:45:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asei.eu\/it\/?p=6409"},"modified":"2025-05-22T16:32:32","modified_gmt":"2025-05-22T14:32:32","slug":"culture-savante-et-savoir-ramene-du-voyage-les-revues-sur-les-etudes-migratoires-en-francais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asei.eu\/it\/2025\/08\/culture-savante-et-savoir-ramene-du-voyage-les-revues-sur-les-etudes-migratoires-en-francais\/","title":{"rendered":"Culture savante et savoir ramen\u00e9 du voyage: les revues sur les \u00e9tudes migratoires en fran\u00e7ais"},"content":{"rendered":"<p>\u201c [\u2026] on ne retrouve pas, dans Aristote, cette phrase qui conteste la culture savante des \u00e9critures en faveur d\u2019un savoir ramen\u00e9 du voyage\u201d.<br \/>\nPierre Perrault, Nous autres icitte \u00e0 l\u2019\u00eele, Montr\u00e9al, Lux, 2023, p. 60<\/p>\n<p>Bien que limit\u00e9e quant au nombre de p\u00e9riodiques, la litt\u00e9rature scientifique en langue fran\u00e7aise portant sur les migrations refl\u00e8te n\u00e9anmoins la richesse et la diversit\u00e9 de la recherche en ce domaine. Cette richesse et cette diversit\u00e9 s\u2019essaimaient toutefois au travers des revues g\u00e9n\u00e9ralistes en g\u00e9ographie, en histoire, en sociologie, en anthropologie et ethnologie, sinon en sciences politiques et \u00e9conomiques. Nombre de ces revues dans les disciplines des sciences humaines et sociales consacrent ainsi des num\u00e9ros th\u00e9matiques aux enjeux de la migration. N\u2019ayant aucune pr\u00e9tention \u00e0 l\u2019exhaustivit\u00e9 des recherches urbi et orbi, la pr\u00e9sente recension se limite aux seules publications savantes se consacrant principalement aux \u00e9tudes migratoires.<br \/>\nEu \u00e9gard \u00e0 son objet d\u2019\u00e9tude, qui implique la saisie d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 multiforme gr\u00e2ce \u00e0 des approches vari\u00e9es, certaines caract\u00e9ristiques distinguent ces revues sur les \u00e9tudes migratoires des autres productions savantes en fran\u00e7ais. D\u2019abord, celles-ci jouent des \u00e9chelles d\u2019observation, leurs articles et leurs dossiers passant de l\u2019\u00e9tude de cas sp\u00e9cifique, circonscrite \u00e0 un espace-temps limit\u00e9, \u00e0 la mod\u00e9lisation et \u00e0 la synth\u00e8se de mouvements plan\u00e9taires et pluris\u00e9culaires. Elles font appel \u00e9galement \u00e0 la multidisciplinarit\u00e9, voire nouent des rapports interdisciplinaires pour rendre justice au ph\u00e9nom\u00e8ne migratoire. Certaines de ces revues permettent aussi la publication en plusieurs langues: le bilinguisme avec l\u2019anglais, langue dominante du monde des sciences, est chose fr\u00e9quente. Au-del\u00e0 du regroupement de chercheurs.es universitaires, d\u2019autres publications sur les \u00e9tudes migratoires peuvent \u00eatre issues du patronage \u00e9tatique ou supra-\u00e9tatique. Enfin, ces revues \u00e9mergent dans des contextes de production singuliers, o\u00f9 la recherche scientifique poursuit, au-del\u00e0 de l\u2019\u00e9tablissement de connaissances vraies et v\u00e9rifiables sur la r\u00e9alit\u00e9 observable des migrations, une volont\u00e9 de pertinence sociale. Cette volont\u00e9 ressort des attentes sociales relatives \u00e0 la constitution du lien civique; elle repose sur un id\u00e9al du dialogue \u2013 un dialogue entre la science et la Cit\u00e9, un dialogue entre citoyens et migrants, un dialogue pouvant parfois se lier entre diff\u00e9rentes confessions religieuses et viser l\u2019\u0153cum\u00e9nisme. Ainsi, les revues de langue fran\u00e7aise sur les \u00e9tudes migratoires sont situ\u00e9es: elles naissent et s\u2019\u00e9panouissent au gr\u00e9 du d\u00e9veloppement de la recherche savante d\u2019une part, et de leur congruence avec les enjeux civiques et politiques d\u2019autre part. Elles marient la culture savante des \u00e9critures et le savoir ramen\u00e9 du voyage.<br \/>\nPour des fins d\u2019intelligibilit\u00e9, ce rep\u00e9rage pr\u00e9sente une classification des revues selon leur lien avec leur objet: les publications traitant des migrations dans leur ensemble, celles portant sur une th\u00e9matique sp\u00e9cialis\u00e9e en \u00e9tudes migratoires, celles se d\u00e9finissant par leur contenu hybride.<\/p>\n<p>Les revues traitant des migrations dans leur ensemble sont plus anciennes, certaines ayant leurs origines depuis les ann\u00e9es 1950. Outre leur caract\u00e8re interdisciplinaire qui r\u00e9v\u00e8lent les mutations de la recherche, elles traduisent ainsi les pr\u00e9occupations citoyennes relatives aux migrations internationales, dont leur reprise apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale les institue comme sujets de l\u2019actualit\u00e9. De plus, la situation des r\u00e9fugi\u00e9s, la s\u00e9cularisation et la d\u00e9colonisation engendrent une sensibilisation nouvelle aux questions des droits de la personne et de l\u2019accueil. Cr\u00e9\u00e9es dans les ann\u00e9es 1950 et 1960, une premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration de revues sur les \u00e9tudes migratoires refl\u00e8te ces pr\u00e9occupations et cette sensibilisation. Sous les effets conjugu\u00e9s de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie du lib\u00e9ralisme, des mutations technologiques en mati\u00e8re de communication et de transport, ainsi que du revif de la dimension confessionnelle, la transformation de la donne migratoire \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980 suscite l\u2019\u00e9mergence d\u2019un int\u00e9r\u00eat accru pour les multiples enjeux li\u00e9s aux migrations internationales, int\u00e9r\u00eat s\u2019exprimant par une orientation plus circonscrite sur le plan g\u00e9ographique. La deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration de revues sur les \u00e9tudes migratoires manifeste cet int\u00e9r\u00eat.<br \/>\nTout d\u2019abord, parmi la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration de revues sur les \u00e9tudes migratoires, signalons la plus ancienne, jug\u00e9e par plusieurs comme la r\u00e9f\u00e9rence en la mati\u00e8re : \u201cHommes et Migrations\u201d [1]. Cr\u00e9\u00e9e en 1950 sous le titre des \u201cCahiers nord-africains\u201d par le p\u00e8re Jacques Ghys de la Communaut\u00e9 des Missionnaires d\u2019Afrique \u2013 mieux connus sous l\u2019appellation des P\u00e8res blancs \u2013, cette revue \u00e0 la publication irr\u00e9guli\u00e8re poursuit \u00e0 l\u2019origine une finalit\u00e9 pratique: \u201cla promotion de la connaissance des populations du Maghreb en France, notamment gr\u00e2ce aux initiatives en mati\u00e8re d\u2019alphab\u00e9tisation\u201d [2]. L\u2019alphab\u00e9tisation des migrants, d\u2019ailleurs, demeure un des th\u00e8mes privil\u00e9gi\u00e9s par la revue fran\u00e7aise [3], qui \u00e9largit n\u00e9anmoins sa focale apr\u00e8s la guerre d\u2019Alg\u00e9rie en 1965. Pour souligner ce changement de cap, l\u2019\u00e9quipe \u00e9ditoriale sous le magist\u00e8re de son directeur, l\u2019historien Philippe Dewitte, modifie le nom de la revue \u2013 d\u00e9sormais \u201cHommes et Migrations\u201d \u2013 et assure sa publication au rythme de quatre num\u00e9ros par ann\u00e9e. La revue s\u2019ouvre \u00e0 l\u2019\u00e9tude des ph\u00e9nom\u00e8nes issus de la diversit\u00e9 migratoire et des enjeux de l\u2019int\u00e9gration aux soci\u00e9t\u00e9s d\u2019accueil, consacrant des dossiers th\u00e9matiques sur les flux migratoires; les enjeux du logement, des ghettos et de l\u2019int\u00e9gration; les politiques publiques et le dialogue interculturel [4]. La recherche savante qui se veut pluraliste et pluridisciplinaire, n\u2019exclut pas l\u2019engagement civique. Dans le cadre de son \u201ctravail d\u2019analyse, de r\u00e9flexion et d\u2019information\u201d fond\u00e9 sur des articles in\u00e9dits, \u201cHommes et Migrations\u201d \u201ccontinue d\u2019accueillir tous les courants de pens\u00e9e, pourvu qu\u2019ils soient r\u00e9solument engag\u00e9s dans la lutte contre le racisme, la x\u00e9nophobie et les exclusions de toutes sortes\u201d [5]. \u00c0 la suite du d\u00e9c\u00e8s de Dewitte en 2005, la Cit\u00e9 Nationale de l\u2019Histoire de l\u2019Immigration \u00e0 Paris \u2013 connue par la suite sous le nom de Mus\u00e9e national de l\u2019histoire de l\u2019immigration \u2013 se charge d\u00e8s 2007 de la publication de la revue, qui conserve son ind\u00e9pendance \u00e9ditoriale. Se pr\u00e9sentant dor\u00e9navant comme la revue fran\u00e7aise de r\u00e9f\u00e9rence sur les dynamiques migratoires, refl\u00e9tant les apports des disciplines des sciences sociales, comprenant articles de fond, t\u00e9moignages et chroniques d\u2019actualit\u00e9, \u201cHommes et Migrations\u201d veut \u201cdiffuser les connaissances\u00bb sur les mouvements migratoires et sur les \u00abr\u00e9alit\u00e9s de la cohabitation entre les cultures et les populations\u201d. Elle d\u00e9sire aussi \u201cstimuler le d\u00e9bat citoyen\u201d, en \u201cproposant un espace ouvert de dialogue et de questionnements\u201d avec la programmation de conf\u00e9rences publiques. Elle cherche \u00e9galement \u00e0 \u201caborder les questions migratoires \u00e0 travers l\u2019ancrage territorial\u201d, en mobilisant l\u2019exp\u00e9rience de terrain d\u2019\u201cun r\u00e9seau de partenaires \u00e9conomiques, institutionnels [et] associatifs\u201d. \u201cHommes et Migrations\u201d se dit \u201c\u00e0 l\u2019\u00e9coute des th\u00e8mes \u00e9mergents et internationaux\u201d, entre autres par l\u2019\u00e9tablissement \u201cd\u2019une relation crois\u00e9e avec un pays particulier\u201d et par \u201cles comparaisons europ\u00e9ennes ou internationales\u201d. Enfin, par la diffusion des connaissances, la revue assure la \u201creconnaissance des immigr\u00e9s dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise\u201d, \u201cr\u00e9pondant ainsi \u00e0 une attente des publics\u201d [6]. Ce faisant, la revue remplit sa mission comme interface entre les chercheurs.es et les citoyens.nes.<br \/>\nDeuxi\u00e8me revue de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration selon l\u2019ordre d\u2019anciennet\u00e9, la \u201cRevue internationale de migration\u201d [7] n\u2019est pas <em>stricto sensu<\/em> une revue de langue fran\u00e7aise, mais une publication ayant un contenu traduit en fran\u00e7ais. Fond\u00e9e en 1961, elle re\u00e7oit le soutien de l\u2019Organisation internationale pour les migrations [OIM], agence intergouvernementale sise \u00e0 Gen\u00e8ve en Suisse. Quant \u00e0 elle, la \u201cRevue internationale de migration\u201d est \u00e9dit\u00e9e par le Centre de recherche sur les migrations de l\u2019Universit\u00e9 Ko\u00e7 d\u2019Istanbul, et comprend un comit\u00e9 de r\u00e9daction international, dirig\u00e9 par les sociologues Ahmet \u0130\u00e7duygu, Jan Rath et Ay\u015fen \u00dcst\u00fcbici, ainsi que par la politologue Deniz Sert. Publi\u00e9e deux fois par mois par l\u2019\u00e9diteur universitaire Wiley, elle s\u2019int\u00e9resse aux questions de migration et de d\u00e9placement. Ses articles sont le fruit de recherches men\u00e9es par des d\u00e9mographes, des \u00e9conomistes et des sociologues du monde entier, traitant de th\u00e8mes tels que l\u2019\u201cexode des cerveaux\u201d, la migration circulaire, les politiques migratoires, les enjeux relatifs \u00e0 la sant\u00e9, l\u2019int\u00e9gration ou les familles transnationales. La \u201cRevue\u201d s\u2019inscrit dans la mission de l\u2019OIM, qui soutient ainsi le d\u00e9veloppement, la production et la publication de recherches universitaires et appliqu\u00e9es sur les migrations, notamment comme moyen de renforcer la capacit\u00e9 de l\u2019Organisation \u00e0 r\u00e9pondre aux besoins des migrants. Dans le contexte contemporain de la d\u00e9sinformation \u2013 particuli\u00e8rement en p\u00e9riode de pand\u00e9mie de la Covid \u2013 et de ses effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res sur le ph\u00e9nom\u00e8ne migratoire, la \u201cRevue\u201d se montre tr\u00e8s sensible \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de disposer d\u2019\u00e9tudes pr\u00e9cises, rigoureuses et faisant autorit\u00e9 sur la migration [8]. Ces \u00e9tudes trouvent ainsi leur pertinence dans l\u2019\u00e9laboration des politiques par les d\u00e9cideurs.<br \/>\nLa deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration de revues sur les \u00e9tudes migratoires apparait au mitan des ann\u00e9es 1980. Sans s\u2019y limiter, elle traduit une volont\u00e9 de mise en valeur de la recherche universitaire sur les migrations. Si les revues de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration reposent en grande partie sur l\u2019appui d\u2019organismes extra-universitaires \u2013 organisations de la Soci\u00e9t\u00e9 civile, agences supragouvernementales ou institutions \u00e9tatiques comme le Mus\u00e9e national de l\u2019histoire de l\u2019immigration \u2013, celles de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration \u00e9mergent notamment d\u2019initiatives impliquant les centres de recherche universitaires. D\u00e8s lors, ces revues tendent \u00e0 favoriser la diffusion de la recherche fondamentale \u2013 que cette derni\u00e8re \u00e9marge de l\u2019\u00e9tude de cas empirique ou de la th\u00e9orisation mod\u00e9lisante \u2013 aupr\u00e8s d\u2019un lectorat surtout compos\u00e9 de pairs appartenant au champ scientifique. En contrepartie, elles proposent moins de t\u00e9moignages des intervenants en milieu de pratique. Elles \u00e9tablissent une distinction entre les discours scientifique et normatif, privil\u00e9giant souvent le premier [9]. Cette volont\u00e9 de mise en valeur n\u2019est pas exempte de contraintes de production. Comme le note V\u00e9ronique Petit, co-directrice de la \u201cRevue Europ\u00e9enne des Migrations Internationales\u201d, ces revues \u00e9voluent \u201cdans un environnement institutionnel et \u00e9conomique auquel [elles doivent] s\u2019adapter en restant fid\u00e8les \u00e0 sa ligne \u00e9ditoriale et aux valeurs humanistes qui [leur] sont ch\u00e8res\u201d [10]. Ainsi, elles n\u2019ignorent pas les al\u00e9as engendr\u00e9s par la rationalisation institutionnelle et la rar\u00e9faction des ressources, les exigences de la carri\u00e8re universitaire ainsi que les politiques de num\u00e9risation et de libre-acc\u00e8s des revues savantes. Ces al\u00e9as les fragilisent d\u2019autant.<br \/>\nLa \u201cRevue Europ\u00e9enne des Migrations Internationales\u201d [11] (REMI) participe pleinement de cette volont\u00e9 de mise en valeur de la recherche universitaire. Cr\u00e9\u00e9e en 1985 sous l\u2019impulsion du g\u00e9ographe Gildas Simon, elle proc\u00e8de \u201cd\u2019un constat celui de l\u2019absence d\u2019une publication pluridisciplinaire sp\u00e9cialis\u00e9e, assurant de mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re en langue fran\u00e7aise, la diffusion des r\u00e9sultats de recherche sur les migrations internationales\u201d [12]. Sise \u00e0 la Maison des Sciences de l\u2019Homme et de la Soci\u00e9t\u00e9 de Poitiers, cette publication trimestrielle est \u00e9dit\u00e9e par l\u2019Universit\u00e9 de Poitiers et, \u00e0 l\u2019origine, par le laboratoire Migrinter du CNRS. Elle \u201cse veut un observatoire permanent de la diversit\u00e9 des espaces \u00e9tudi\u00e9s et de l\u2019\u00e9volution des approches, de la complexit\u00e9 mouvante des migrations internationales et des dynamiques sociales\u201d. Elle s\u2019articule autour de trois orientations: \u201caborder l\u2019\u00e9tude des migrations internationales de mani\u00e8re pluri et interdisciplinaire \u00e0 travers les diff\u00e9rentes branches des sciences sociales\u201d, \u201capporter le regard de chercheur\u00b7e\u00b7s europ\u00e9en\u00b7ne\u00b7s et internationaux\u00b7ales sur les migrations\u201d et \u201cmettre les contenus de la revue \u00e0 disposition d\u2019un large \u00e9ventail de lecteur\u00b7rice\u00b7s\u201d du monde savant francophone et anglophone [13]. Ces orientations lui permettent de privil\u00e9gier les \u00e9tudes portant sur les aspects spatio-temporels de la question migratoire. Ce faisant, la REMI promeut la \u201ccritique sur les outils d\u2019analyse et les cat\u00e9gories utilis\u00e9es dans l\u2019\u00e9laboration et le traitement des donn\u00e9es statistiques\u201d [14], \u00e0 l\u2019instar de son num\u00e9ro th\u00e9matique sur la cat\u00e9gorisation comme enjeu de pouvoir [15].<br \/>\nAutre revue de deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration, \u201cMigrations soci\u00e9t\u00e9\u201d [16] nait en 1989 dans le cadre des activit\u00e9s du Centre d\u2019Information et d\u2019\u00c9tudes sur les Migrations Internationales, antenne fran\u00e7aise du r\u00e9seau catholique des centres d\u2019\u00e9tudes Jean-Baptiste-Scalabrini. Publication trimestrielle, elle s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019actualit\u00e9 migratoire et ses relations avec la soci\u00e9t\u00e9, dont tout sp\u00e9cialement les enjeux relatifs \u00e0 l\u2019int\u00e9gration. Sous la direction du sociologue Vincent Geisser, son conseil scientifique recrute parmi le milieu savant, notamment au CNRS, mais aussi, et dans une moindre mesure, parmi les associations confessionnelles ou civiques. La r\u00e9partition des articles refl\u00e8te ces proportions, car les auteurs universitaires dominent nettement par rapport aux intervenants en milieu de pratique [17]. Proposant des approches th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques fond\u00e9es sur la multiculturalit\u00e9, l\u2019empan disciplinaire de \u201cMigrations soci\u00e9t\u00e9\u201d est large, passant de la sociologie et de la d\u00e9mographie \u00e0 l\u2019histoire et la g\u00e9ographie, sans oublier le droit, la philosophie, les sciences \u00e9conomiques et religieuses [18]. La vari\u00e9t\u00e9 disciplinaire n\u2019emp\u00eache pas des analyses somme toutes approfondies: chaque num\u00e9ro comprend \u201cun dossier central compos\u00e9 de plusieurs articles autour du th\u00e8me choisi et accompagn\u00e9 d\u2019une bibliographie s\u00e9lective; des articles divers consacr\u00e9s \u00e0 des aspects d\u2019actualit\u00e9 concernant les migrations; une revue de presse d\u2019un pays europ\u00e9en; des notes bibliographiques\u201d et des chroniques sur l\u2019actualit\u00e9 [19].<br \/>\nAvec le d\u00e9veloppement d\u2019Internet, des plates-formes num\u00e9riques et des politiques de libre-acc\u00e8s, une troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration de revues sur les \u00e9tudes migratoires fait son apparition pendant la d\u00e9cennie 2000. Ces revues \u00e9largissent leur lectorat au-del\u00e0 des fronti\u00e8res nationales, composant ainsi un r\u00e9seau communautaire international, particuli\u00e8rement au sein des francophonies. Toutefois, ce r\u00e9seau communautaire demeure unipolaire. En effet, ces revues sont surtout fran\u00e7aises. Peu ou prou de publications provenant des autres p\u00f4les francophonies, notamment ceux de la Cara\u00efbe, du Maghreb et de l\u2019Afrique subsaharienne, percent de nos jours.<br \/>\nDeux cas sont ainsi \u00e0 signaler. N\u00e9e en 2002 sous le magist\u00e8re du laboratoire Diasporas, associ\u00e9 au CNRS \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Toulouse-Le Mirail, la revue semestrielle \u201cDiasporas\u201d veut proposer \u00e0 l\u2019origine \u201cune approche pluridisciplinaire et comparatiste des \u00e9poques, des espaces et des groupes\u201d [20]. Avec le d\u00e9but de la d\u00e9cennie 2010, la revue se transforme profond\u00e9ment. Elle opte r\u00e9solument en 2011 pour une publication en ligne avec la plate-forme OpenEdition. Les nouvelles directrices, les historiennes Marianne Amar, Isabelle\u202fLacoue\u2011Labarthe et Laure Teuli\u00e8res, impulsent une refondation en 2014 en adjoignant le sous-titre <em>Circulations, migrations, histoire<\/em> et en r\u00e9orientant le contenu \u00e9ditorial [21]. D\u00e9sormais, \u201cDiasporas\u201d s\u2019int\u00e9resse \u00e0 \u201cl\u2019histoire des ph\u00e9nom\u00e8nes diasporiques et plus largement des migrations et des minorit\u00e9s ethniques ou religieuses\u201d, en se centrant dor\u00e9navant \u201csur l\u2019histoire dans le temps long, de l\u2019Antiquit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque contemporaine, \u00e0 travers les aires culturelles les plus vari\u00e9es\u201d [22].<br \/>\nDans la filiation de la REMI, le laboratoire Migrinter du CNRS de l\u2019Universit\u00e9 de Poitiers a aussi lanc\u00e9 en 2008 une revue \u00e9lectronique semestrielle sur les questions de mobilit\u00e9 dans le monde. Intitul\u00e9e \u201ce-Migrinter\u201d, elle s\u2019appuie sur le constat de \u201cla complexification croissante des dynamiques migratoires\u201d et des \u201cmultiples enjeux cr\u00e9\u00e9s par leurs interactions avec les espaces et les soci\u00e9t\u00e9s contemporaines\u201d, complexification et enjeux \u201cencourageant une diversit\u00e9 d\u2019approches permise par la structuration pluridisciplinaire du laboratoire\u201d universitaire [23]. Sous la direction du g\u00e9ographe Cyril Roussel, la revue se veut alors une \u201cv\u00e9ritable \u00abm\u00e9moire vivante\u00bb de la vie scientifique du laboratoire\u201d, et cherche \u00e0 informer son lectorat \u201csur la dynamique des recherches en cours, \u00e0 travers des articles et des notes reprenant s\u00e9minaires, soutenances de th\u00e8se et parution d\u2019ouvrages r\u00e9cents\u201d [24]. \u00c0 caract\u00e8re interdisciplinaire, la revue publie des dossiers th\u00e9matiques sur des enjeux relevant de la d\u00e9mographie, de la g\u00e9ographie, de la sociologie mais aussi des sciences de l\u2019\u00e9ducation. Son num\u00e9ro <em>Enseigner les migrations internationales<\/em>, pose ainsi \u201cla n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9fl\u00e9chir sur les modalit\u00e9s de circulation des savoirs\u201d, \u00e9tant donn\u00e9 que \u201cla mani\u00e8re d\u2019enseigner les migrations en simples termes d\u2019int\u00e9gration a atteint ses limites\u201d [25].<br \/>\nEnfin, les tensions connues par l\u2019\u00e9dition savante au cours des ann\u00e9es 2010 et 2020 ont pes\u00e9 de tout leur poids sur certaines revues de deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration. Certaines ont ainsi cess\u00e9 leur publication. Ainsi en est-il de la revue \u201cMigrance. Histoire de l\u2019immigration en France et en Europe\u201d. Fond\u00e9e en 1993 sous l\u2019\u00e9gide de l\u2019Association G\u00e9n\u00e9riques et du militant pour les droits humains Sa\u00efd Bouziri [26], \u201cMigrance\u201d est publi\u00e9e chaque semestre jusqu\u2019en 2010. Elle se pr\u00e9sentait \u00e0 l\u2019origine comme un bulletin de liaison, \u201cun outil de travail, modeste, au service de tous ceux que la m\u00e9moire de l\u2019immigration concerne et dans lequel chacun pourra s\u2019exprimer en toute libert\u00e9 pour pr\u00e9senter ses r\u00e9alisations les plus r\u00e9centes mais aussi sa propre histoire, son identit\u00e9 et ses projets\u201d [27]. Se sp\u00e9cialisant en histoire de l\u2019immigration en France et en Europe, la revue contribue \u00e0 la diffusion de travaux de recherche r\u00e9alis\u00e9s par des experts de ces questions en histoire mais aussi en sociologie et en sciences politiques [28]. L\u2019Association G\u00e9n\u00e9riques \u00e9tant dissoute en 2018, la revue semble avoir connu le m\u00eame sort.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9mergence et le d\u00e9veloppement des revues portant sur des th\u00e8mes sp\u00e9cialis\u00e9s en \u00e9tudes migratoires s\u2019apparentent \u00e0 ceux des revues de deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration traitant du ph\u00e9nom\u00e8ne migratoire dans leur ensemble. Elles d\u00e9coulent d\u2019embl\u00e9e du raffinement et de la sp\u00e9cialisation de la recherche universitaire et, ce faisant, leur \u00e9volution suit les m\u00eames rythmes, voire les m\u00eames moments. Tout en b\u00e9n\u00e9ficiant aussi de l\u2019\u00e9tablissement des bases de donn\u00e9es bibliographiques, une sp\u00e9cificit\u00e9 les distingue pourtant: ces revues portant sur des th\u00e8mes sp\u00e9cialis\u00e9s traduisent aussi les int\u00e9r\u00eats sp\u00e9cifiques des champs universitaires nationaux o\u00f9 elles prennent naissance.<br \/>\nLa \u201cRevue du droit des \u00e9trangers\u201d en constitue un premier exemple \u00e9loquent. La tradition belge en sciences juridiques poss\u00e8de une longue histoire, puisant aux complexit\u00e9s de l\u2019am\u00e9nagement politique en Belgique, et \u00e0 l\u2019implantation de nombreuses institutions europ\u00e9ennes supranationales. Publi\u00e9e par l\u2019Association pour le droit des \u00e9trangers, organisme de recherche reconnu depuis 2013 par la politique scientifique (BELSPO) de la F\u00e9d\u00e9ration Wallonie-Bruxelles, la \u201cRevue\u201d parait quatre fois par ann\u00e9e. Bulletin d\u2019information \u00e0 sa cr\u00e9ation en 1977, elle devient une revue scientifique en 1981, avec un comit\u00e9 de r\u00e9daction compos\u00e9 de praticiens du droit, assist\u00e9 par un comit\u00e9 scientifique issu des facult\u00e9s universitaires en droit. En plus de \u201cl\u2019actualit\u00e9 l\u00e9gislative et des informations pratiques dans le domaine du droit des \u00e9trangers\u201d, elle offre \u00e0 ses lecteurs des articles et des rubriques sur la jurisprudence r\u00e9cente et sur la doctrine r\u00e8glementaire et l\u00e9gale. Dans ce dernier domaine, la Revue publie des \u201canalyses et \u00e9tudes men\u00e9es par des chercheurs, avocats et autres auteurs de terrain, sp\u00e9cialis\u00e9s en droit des \u00e9trangers et en droit familial international\u201d, afin d\u2019\u201cinformer objectivement le lecteur sur l\u2019\u00e9tat du droit des \u00e9trangers et de ses \u00e9volutions r\u00e9centes, ainsi que nourrir la r\u00e9flexion sur la condition des \u00e9trangers en Belgique, au regard des controverses qui se posent\u201d [29].<br \/>\nIl en est de m\u00eame pour une autre revue, canadienne celle-l\u00e0. \u00c0 la suite de l\u2019\u00e9pisode des boat-peoples indochinois \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970, la th\u00e9matique des r\u00e9fugi\u00e9s occupe de nouveau l\u2019actualit\u00e9. Elle touche une corde sensible au Canada, que ce soit dans l\u2019espace public ou dans les cercles savants, o\u00f9 l\u2019on cherche \u00e0 mieux comprendre les causes et les processus animant les mouvements de r\u00e9fugi\u00e9s ainsi que les politiques d\u2019accueil et d\u2019int\u00e9gration. Partant, des chercheurs de l\u2019Universit\u00e9 York \u00e0 Toronto cr\u00e9ent la revue interdisciplinaire et bilingue \u201cRefuge\u201d en 1981, \u201cpour servir de moyen de communication pour ce nouveau champ d\u2019enqu\u00eate interdisciplinaire\u201d [30]. Offrant \u00e0 l\u2019origine des articles th\u00e9oriques et empiriques relativement courts deux fois par ann\u00e9e, elle propose \u00e0 partir de 2000, des articles plus \u00e9toff\u00e9s \u201crelevant d\u2019une diversit\u00e9 d\u2019approches disciplinaires et r\u00e9gionales\u201d. D\u00e8s 2002, elle devient pleinement une revue scientifique avec \u00e9valuation \u00e0 double aveugle, se conformant ainsi aux crit\u00e8res des organismes subventionnaires canadiens. \u201cRefuge\u201d offre ses pages aux articles \u201cr\u00e9dig\u00e9s par des chercheurs actifs dans le milieu universitaire (professeurs et \u00e9tudiants dipl\u00f4m\u00e9s), par des responsables de l\u2019\u00e9laboration des politiques ainsi que par des individus qui \u0153uvrent sur le terrain de la migration forc\u00e9e\u201d [31]. Enfin, \u00e0 l\u2019instar de plusieurs publications savantes au courant de la d\u00e9cennie 2010, la revue est en libre acc\u00e8s depuis 2013, \u00e9tant en cela \u201cmotiv\u00e9e par le d\u00e9sir de rendre la recherche de pointe accessible \u00e0 un public plus large en dehors des institutions universitaires du Nord, aux lecteurs qui n\u2019ont pas acc\u00e8s aux biblioth\u00e8ques universitaires, y compris les personnes travaillant sur le terrain, les personnes en migration forc\u00e9e et les lecteurs de l\u2019h\u00e9misph\u00e8re Sud\u201d [32].<\/p>\n<p>En mati\u00e8re d\u2019\u00e9tudes migratoires, les revues au contenu hybride rel\u00e8vent de deux ordres. Le premier concerne les revues sur les \u00e9tudes relatives aux diff\u00e9rents groupes ethniques, qu\u2019ils soient sp\u00e9cifiques ou saisis dans leur ensemble. Le second ordre rel\u00e8ve des revues traitant des ph\u00e9nom\u00e8nes internationaux contemporains, souvent sous l\u2019angle de l\u2019interculturalit\u00e9.<br \/>\nDans le premier cas, la plupart des revues relatives aux groupes ethniques sont apparues au cours des ann\u00e9es 1960 et 1970, soit au moment o\u00f9 la diversit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s occidentales constituait un enjeu politique sur le plan civique et qu\u2019elle interrogeait \u00e9galement le monde savant. Ces publications sont fort nombreuses: il d\u00e9passerait le cadre de cet exercice d\u2019en faire la nomenclature et le classement, d\u2019autant plus qu\u2019elles ne traitent pas uniquement du ph\u00e9nom\u00e8ne migratoire. Lorsqu\u2019il en est question, des tendances peuvent \u00eatre observ\u00e9es. Que ce soit dans la pr\u00e9sentation de dossiers th\u00e9matiques ou d\u2019articles, l\u2019interdisciplinarit\u00e9 est la norme. La pr\u00e9f\u00e9rence est nettement accord\u00e9e aux \u00e9tudes de cas empiriques: les essais de mod\u00e9lisation y sont rares et les t\u00e9moignages d\u2019intervenants re\u00e7oivent une couverture relativement maigre. Leur lectorat se recrute surtout parmi les universitaires, quoique les al\u00e9as de l\u2019actualit\u00e9 politique, notamment au moment de controverses sur l\u2019int\u00e9gration, suscitent un int\u00e9r\u00eat renouvel\u00e9 parmi les d\u00e9cideurs. Enfin, ces revues ciblent dans leurs sujets, les th\u00e8mes relatifs \u00e0 la migration d\u2019un groupe ethnique ou de l\u2019ensemble de ces groupes au sein de la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019accueil. Cette perspective ethnocentr\u00e9e, sinon sociocentr\u00e9e, ne surprend gu\u00e8re, au vu et au su de l\u2019orientation scientifique de ces publications. Un bon exemple est celui de la \u201cCanadian Ethnic Studies\/\u00c9tudes ethniques au Canada\u201d [33]. Cr\u00e9\u00e9e lors des premiers d\u00e9bats sur le multiculturalisme au Canada en 1969, cette revue interdisciplinaire de l\u2019Association canadienne des \u00e9tudes ethniques est publi\u00e9e trois fois par ann\u00e9e. Mettant l\u2019accent sur le terrain d\u2019enqu\u00eate canadien, elle publie des \u00e9tudes portant sur des sujets relatifs \u00e0 l\u2019ethnicit\u00e9, \u00e0 la question raciale, aux relations entre les groupes et \u00e0 l\u2019histoire des groupes ethniques et raciaux au Canada. Elle ouvre occasionnellement ses pages \u00e0 des articles relatifs \u00e0 l\u2019immigration et \u00e0 l\u2019int\u00e9gration.<br \/>\nLe second ordre des revues hybrides couvre le domaine des ph\u00e9nom\u00e8nes internationaux, avec une attention particuli\u00e8re \u00e0 l\u2019interculturalit\u00e9. Ce bouquet de revues est disparate, mais elles partagent des attributs en commun. Il en va d\u2019abord de leur cr\u00e9ation souvent r\u00e9cente \u2013 la plupart sont apparues au cours du pr\u00e9sent si\u00e8cle. Il en va aussi de leur grande sensibilit\u00e9 aux d\u00e9bats contemporains, ce qui leur permet de s\u2019int\u00e9resser aux \u00e9tudes migratoires. Plusieurs privil\u00e9gient la diffusion en ligne plut\u00f4t que sur papier, ce qui assure une indexation ais\u00e9e par l\u2019entremise des plates-formes num\u00e9riques internationales et, ce faisant, un lectorat savant d\u2019outre-fronti\u00e8res. \u00c0 contrario des revues de deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration sur les \u00e9tudes migratoires, leur implantation est multipolaire, ne se limitant pas au seul hexagone fran\u00e7ais. Enfin, \u00e9tant donn\u00e9 les circonstances de leur d\u00e9veloppement, ces revues sont fragiles et peuvent abruptement suspendre leurs publications.<\/p>\n<p>De ce nombre de revues hybrides, retenons-en quatre. La premi\u00e8re est \u201cAlterstice\u201d [34], qui se pr\u00e9sente comme une revue internationale de la recherche interculturelle. Sous la direction du psychologue Yvan Leanza, du Centre de recherche Cultures \u2013 Arts \u2013 Soci\u00e9t\u00e9s de l\u2019Universit\u00e9 Laval, cette revue qu\u00e9b\u00e9coise num\u00e9rique est n\u00e9e en 2011, et est publi\u00e9e \u00e0 chaque semestre. Elle se donne \u201ccomme objectif principal de diffuser largement les r\u00e9sultats de recherches et les r\u00e9flexions qui prennent la \u00abculture au s\u00e9rieux\u00bb dans la compr\u00e9hension des ph\u00e9nom\u00e8nes humains\u201d. Certains de ses num\u00e9ros th\u00e9matiques traitent des enjeux migratoires, eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019engagement paternel et la migration, les interactions et les trajectoires d\u2019insertion des immigrants dans les r\u00e9gions du Qu\u00e9bec ou les \u00e9tudiants internationaux en milieu universitaire qu\u00e9b\u00e9cois et ailleurs. Partant, ces dossiers t\u00e9moignent de la volont\u00e9 de la revue de \u201cd\u00e9passer les fronti\u00e8res \u00abnaturelles\u00bb de champ entre les \u00e9tudes qui portent sur les migrants et les migrations et celles qui portent sur un ph\u00e9nom\u00e8ne au sein d\u2019une ou plusieurs cultures\u201d [35].<br \/>\nLes deux autres revues sont d\u2019apparition r\u00e9cente. Issue des d\u00e9funts \u201cCahiers de l\u2019Urmis\u201d, la revue bilingue, semestrielle et multidisciplinaire \u201cAppartenances et alt\u00e9rit\u00e9s\u201d publie sa premi\u00e8re parution num\u00e9rique en 2021. Relavant de l\u2019unit\u00e9 de recherche Migrations et Soci\u00e9t\u00e9 (URMIS) sise \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 C\u00f4te-d\u2019Azur, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Paris-Cit\u00e9, \u00e0 l\u2019Institut de recherche pour le d\u00e9veloppement et au CNRS, cette revue s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019\u00e9tude des migrations et des relations interethniques, mais \u201cavec l\u2019ambition d\u2019en \u00e9largir le public vis\u00e9, notamment \u00e0 l\u2019international, et de recentrer sa ligne \u00e9ditoriale sur des th\u00e9matiques plus pointues: les attributions d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et les revendications d\u2019appartenance en termes de race, d\u2019ethnicit\u00e9 et de nationalit\u00e9\u201d [36]. Selon ses directeurs, le journaliste Dominique Vidal et la sociologue Jocelyne Streiff-F\u00e9nart, cette revue tient \u00e0 \u201ccombler une lacune dans le paysage des revues scientifiques fran\u00e7aises qui, \u00e0 la diff\u00e9rence de certaines revues anglophones, ne se sont pas empar\u00e9es sp\u00e9cifiquement de ces questions, pourtant devenues centrales dans les d\u00e9bats publics\u201d [37].<br \/>\nQuant \u00e0 \u201cEspaces Africains\u201d, cette revue semestrielle est publi\u00e9e pour la premi\u00e8re fois en ligne en 2022. Produite par le groupe de recherche pluridisciplinaire et international Populations, Soci\u00e9t\u00e9s &amp; Territoires (PoSTer), de l\u2019Universit\u00e9 Jean-Lorougnon-Gu\u00e9d\u00e9 de Daloa en C\u00f4te d\u2019Ivoire, dirig\u00e9e par le g\u00e9ographe Florent Gohourou et l\u2019anthropologue C\u00e9dric Audebert, elle se sp\u00e9cialise sur la spatialisation et la territorialisation des ph\u00e9nom\u00e8nes sociaux en C\u00f4te d\u2019Ivoire et plus g\u00e9n\u00e9ralement sur le continent africain. Ses premiers num\u00e9ros comprennent des \u00e9tudes de cas sur l\u2019\u00e9tablissement des migrants en Afrique de l\u2019ouest, dans des perspectives historiques et g\u00e9ographiques. Ils traduisent la volont\u00e9 d\u2019\u201cEspaces Africains\u201d de se constituer comme \u201cun espace de publication aux chercheurs confirm\u00e9s et en devenir sur les questions relatives aux mutations de nos soci\u00e9t\u00e9s et territoires africains, dans toute leur diversit\u00e9 et leurs sp\u00e9cificit\u00e9s locales\u201d [38]. Cette revue t\u00e9moigne aussi du d\u00e9veloppement actuel de nouveaux p\u00f4les du savoir sur les migrations.<br \/>\nM\u00eame si l\u2019\u00e9mergence de nouvelles revues montre la vitalit\u00e9 de la recherche en \u00e9tudes migratoires, d\u2019autres connaissent un sort moins enviable. C\u2019est le cas de la revue \u201cCanadian Diversity\/Diversit\u00e9 canadienne\u201d. Elle s\u2019inscrit dans le cadre du projet international M\u00e9tropolis qui se consacre d\u00e8s 1995 \u00e0 \u201c\u00e9valuer l\u2019int\u00e9gration des immigrants et l\u2019incidence de l\u2019immigration sur les villes\u201d [39], afin de fournir le savoir inh\u00e9rent \u201c\u00e0 l\u2019\u00e9laboration de politiques f\u00e9d\u00e9rales sur les questions li\u00e9es \u00e0 l\u2019immigration et \u00e0 la diversit\u00e9\u201d, savoir pouvant alimenter et approfondir \u201cle discours universitaire\u201d en cette mati\u00e8re [40]. Revue trimestrielle, bilingue et multidisciplinaire, \u201cCanadian Diversity\/Diversit\u00e9 canadienne\u201d est publi\u00e9e sous l\u2019\u00e9gide de l\u2019Association d\u2019\u00e9tudes canadiennes. Son directeur, l\u2019historien Jack Jedwab, souligne d\u2019embl\u00e9e les orientations de la publication en mati\u00e8re de recherche appliqu\u00e9e: \u201cG\u00e9rer la diversit\u00e9 est un d\u00e9fi critique ici et ailleurs\u201d, d\u2019o\u00f9 l\u2019importance de traiter \u201couvertement [de] ces questions qui ont fait du Canada un leader dans ce domaine\u201d [41]. \u00c0 cette fin, elle diffuse d\u00e8s 2002, les \u00e9tudes produites notamment dans les colloques tenus par les cinq centres d\u2019excellence M\u00e9tropolis, dont certaines concernent les enjeux migratoires. N\u00e9anmoins, les probl\u00e8mes li\u00e9s au financement de la revue semblent motiver l\u2019arr\u00eat de ses activit\u00e9s en 2020.<\/p>\n<p>De cette classification des revues de langue fran\u00e7aise sur les \u00e9tudes migratoires \u2013 les g\u00e9n\u00e9ralistes, les sp\u00e9cialis\u00e9es et les hybrides \u2013, d\u00e9gageons <em>in fine<\/em> quelques tendances en constat. Les revues sur les \u00e9tudes migratoires en fran\u00e7ais composent un \u00e9cosyst\u00e8me o\u00f9, malgr\u00e9 la pertinence scientifique et la congruence politique du savoir en question, la monoculture est la norme. \u00c0 l\u2019exception des publications de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration qui sont n\u00e9es avant les ann\u00e9es 1960, la grande majorit\u00e9 germe d\u2019initiatives de centres de recherche universitaires. D\u00e8s lors, elles sont soumises aux m\u00eames al\u00e9as de production: les exigences de la recherche fondamentale sur les plans de l\u2019exhaustivit\u00e9 des donn\u00e9es et de leur analyse innovante; la difficile mobilisation de ressources multidisciplinaires et institutionnelles pour la r\u00e9alisation des \u00e9tudes et pour leur validation; les multiples enjeux de la diffusion et de l\u2019accessibilit\u00e9 dans le champ scientifique international; la difficile ad\u00e9quation du savoir avec les attentes sociales. Il y a aussi ce paradoxe, celui d\u2019un objet de recherche \u2013 les migrations \u2013 qui, en soi, demande un d\u00e9centrage du regard pour \u00eatre pleinement saisi, et des lieux de production de ces \u00e9tudes qui demeurent g\u00e9n\u00e9ralement situ\u00e9s dans l\u2019Hexagone. Au-del\u00e0 des contraintes mat\u00e9rielles de production du savoir, ce paradoxe ressortit probablement \u2013 pour \u00e9voquer Pierre Bourdieu \u2013 de cet \u201cimp\u00e9rialisme de l\u2019universel\u201d de la m\u00e9tropole fran\u00e7aise se faisant sentir sur les autres p\u00f4les des francophonies. Cette \u201cforme d\u2019imp\u00e9rialisme culturel qui prend la forme d\u2019un pros\u00e9lytisme l\u00e9gitime de l\u2019universel\u201d [42] ferait contre-poids \u00e0 un autre imp\u00e9rialisme, am\u00e9ricain et de langue anglaise celui-l\u00e0, qui \u00e9tablit son h\u00e9g\u00e9monie dans le champ scientifique international. Il n\u2019en demeure pas moins que, afin d\u2019\u00e9largir ses horizons et assurer sa pertinence, la culture savante des \u00e9critures en fran\u00e7ais ne peut marier le savoir sur les \u00e9tudes migratoires, sans partir elle-m\u00eame en voyage dans les francophonies.<\/p>\n<p>[1] Cf. https:\/\/journals.openedition.org\/hommesmigrations<\/p>\n<p>[2] Ang\u00e9line Escafr\u00e9-Dublet,<em> Aux origines de la revue Hommes et migrations\u00a0: l\u2019association Amana et la cr\u00e9ation des Cahiers nord-africains (1945-1965)<\/em>, \u201cHommes et migrations\u201d, 1309 (2015), p. 158.<\/p>\n<p>[3] F\u00e9licia Goledzinowski, <em>Le p\u00e8re Ghys et l\u2019alphab\u00e9tisation<\/em>, \u201cHommes et migrations\u201d, 1150 (1992), p. 36.<\/p>\n<p>[4] Philippe Dewitte, 1950-2000. <em>Des Cahiers nord-africains \u00e0 Hommes &amp; Migrations, \u201cHommes et migrations\u201d<\/em>, 1257 (2005), pp. 66-68. Aussi, Christiane Herrero, <em>Une revue, des institutions et des hommes<\/em>, \u201cHommes et migrations\u201d, 1257 (2005), pp. 69-72.<\/p>\n<p>[5] [Philippe Dewitte], <em>\u00c0 nos lecteurs. \u00c9ditorial<\/em>, \u201cHommes et migrations\u201d, 1221 (1999), p. 1.<\/p>\n<p>[6] Cf. https:\/\/www.cairn.info\/revue-hommes-et-migrations.htm?contenu=apropos. Site consult\u00e9 le 25 juillet 2023.<\/p>\n<p>[7] Cf. https:\/\/www.iom.int\/fr\/revue-internationale-de-migration.<\/p>\n<p>[8] Ant\u00f3nio Vitorino, <em>The importance of evidence-based research on migration: Historical reflections and current salience<\/em>, \u201cRevue internationale de migration\/International Migration\u201d, 59 (2021), pp. 269-272.<\/p>\n<p>[9] Jos\u00e9 M. Ruiz-Funes, <em>Enqu\u00eate sur les revues de l\u2019immigration et de l\u2019int\u00e9gration<\/em>, \u201cLa Revue des revues\u201d, 27 (1999), p. 24.<\/p>\n<p>[10] V\u00e9ronique Petit, <em>\u00c9ditorial<\/em>, \u201cRevue europ\u00e9enne des migrations internationales\u201d, 32-3&amp;4 (2016), p. 7.<\/p>\n<p>[11] Cf. https:\/\/journals.openedition.org\/remi\/.<\/p>\n<p>[12] Revue Europ\u00e9enne des Migrations Internationales (REMI), <em>\u00c9ditorial<\/em>, \u201cRevue europ\u00e9enne des migrations internationales\u201d, 1-1 (septembre 1985), p. 5.<\/p>\n<p>[13] Cf. https:\/\/journals.openedition.org\/remi\/22624. Site consult\u00e9 le 26 juillet 2023.<\/p>\n<p>[14] J.M. Ruiz-Funes, <em>Enqu\u00eate sur les revues de l\u2019immigration et de l\u2019int\u00e9gration<\/em>, cit.<\/p>\n<p>[15] <em>Cat\u00e9gorisation et classification, enjeux de pouvoir<\/em>, dir. Marco Martiniello et Patrick Simon, \u201cRevue europ\u00e9enne des migrations internationales\u201d, 21-1 (2005).<\/p>\n<p>[16] Cf. http:\/\/www.ciemi.org\/ms.html.<\/p>\n<p>[17] Lorenzo Principe, Marie-Antoinette Hily et Christian Rinaudo, <em>Migrations Soci\u00e9t\u00e9: interm\u00e9diaire culturel?<\/em>, \u201cMigrations Soci\u00e9t\u00e9\u201d, 11-66 (janvier-f\u00e9vrier 1999), pp. 9-30; J.M. Ruiz-Funes, <em>Enqu\u00eate sur les revues de l\u2019immigration et de l\u2019int\u00e9gration<\/em>, cit.<\/p>\n<p>[18] Cf. https:\/\/www-cairn-info.acces.bibl.ulaval.ca\/revue-migrations-societe.htm?contenu=apropos. Site consult\u00e9 le 26 juillet 2023.<\/p>\n<p>[19] J.M. Ruiz-Funes, <em>Enqu\u00eate sur les revues de l\u2019immigration et de l\u2019int\u00e9gration<\/em>, cit., p. 21.<\/p>\n<p>[20] Chantal Bordes-Benayoun et Patrick Cabanel, <em>Projet \u00e9ditorial<\/em>, \u201cDiasporas. Histoire et soci\u00e9t\u00e9s\u201d, 1 (2002), p. 7.<\/p>\n<p>[21] Mathieu Grenet, Isabelle Lacoue-Labarthe et Mathilde Monge, <em>Vingt ans de Diasporas<\/em>, \u201cDiasporas\u201d [En ligne], 40 (2022), pp. 5-7.<\/p>\n<p>[22] Cf. https:\/\/journals.openedition.org\/diasporas\/.<\/p>\n<p>[23] Marine Bertrand, Olivier Clochard, Julie Lemoux, M\u00e9lanie P\u00e9nicaud et Sarah Przybyl, <em>Migrinter a 30 ans. Analyses et portraits<\/em>, \u201ce-Migrinter\u201d [En ligne], 15 (2017), p. 1.<\/p>\n<p>[24] https:\/\/journals.openedition.org\/e-migrinter\/ apropos Site consult\u00e9 le 31 juillet 2023.<\/p>\n<p>[25] David Lessault et Adelina Miranda, <em>Enseigner les migrations internationales entre perspectives nationales et internationalisation de la formation<\/em>, \u201ce-Migrinter\u201d [En ligne], 17 (2018), pp. 1-3.<\/p>\n<p>[26] Cf. https:\/\/www.entrevues.org\/revues\/migrance\/. Aussi, Sarah Cl\u00e9ment, <em>L\u2019association G\u00e9n\u00e9riques<\/em>, \u201cMigrations Soci\u00e9t\u00e9\u201d, 138-6 (2011), pp. 93-98; J.M. Ruiz-Funes, <em>Enqu\u00eate sur les revues de l\u2019immigration et de l\u2019int\u00e9gration<\/em>, cit., pp. 25-26.<\/p>\n<p>[27] Michel Dreyfus, <em>Pourquoi Migrance?<\/em>, \u201cMigrance\u201d, 1 (1992), p. 5.<\/p>\n<p>[28] Cf. https:\/\/pmb.culture.fr\/opac_anmt\/index.php?lvl=notice_display&amp;id=8769. Site consult\u00e9 le 28 juillet 2023.<\/p>\n<p>[29] Cf. https:\/\/www.adde.be\/publications\/rde\/blog. Site consult\u00e9 le 28 juillet 2023.<\/p>\n<p>[30] Cf. https:\/\/refuge.journals.yorku.ca\/index.php\/refuge\/about. Site consult\u00e9 le 28 juillet 2023.<\/p>\n<p>[31] Cf. https:\/\/www.erudit.org\/fr\/revues\/refuge\/. Site consult\u00e9 le 28 juillet 2023.<\/p>\n<p>[32] Cf. https:\/\/refuge.journals.yorku.ca\/index.php\/refuge\/about. Site consult\u00e9 le 28 juillet 2023.<\/p>\n<p>[33] Cf. https:\/\/cesa-scee.ca\/revue\/.<\/p>\n<p>[34] Cf. http:\/\/alterstice.org\/.<\/p>\n<p>[35] Cf. https:\/\/www.erudit.org\/fr\/revues\/alterstice\/. Site consult\u00e9 le 31 juillet 2023.<\/p>\n<p>[36] Cf. https:\/\/journals.openedition.org\/alterites\/. Site consult\u00e9 le 31 juillet 2023.<\/p>\n<p>[37] Dominique Vidal et Jocelyne Streiff-F\u00e9nart, <em>Cahiers de l\u2019Urmis. Appartenances &amp; Alt\u00e9rit\u00e9s. \u00c9ditorial<\/em>, \u201cAppartenances &amp; Alt\u00e9rit\u00e9s \u201d [En ligne], 1 (2021), p. 1.<\/p>\n<p>[38] Cf. https:\/\/espacesafricains.org\/. Site consult\u00e9 le 31 juillet 2023.<\/p>\n<p>[39] Cf. https:\/\/www150.statcan.gc.ca\/n1\/fr\/catalogue\/10H7777. Site consult\u00e9 le 31 juillet 2023.<\/p>\n<p>[40] Cf. https:\/\/epe.lac-bac.gc.ca\/100\/201\/300\/cdn_diversity\/index.html. Site consult\u00e9 le 31 juillet 2023.<\/p>\n<p>[41] Jack Jedwab, <em>Un nouveau d\u00e9but<\/em>, \u201cCanadian Diversity\/Diversit\u00e9 Canadienne\u201d, 1-1 (2002), p. 2.<\/p>\n<p>[42] Pierre Bourdieu, <em>Universalisme et domination, in Imp\u00e9rialismes. Circulation internationale des id\u00e9es et luttes pour l\u2019universel<\/em>, Paris, Raisons d\u2019agir, 2023, p. 41.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u201c [\u2026] on ne retrouve pas, dans Aristote, cette phrase qui conteste la culture savante des \u00e9critures en faveur d\u2019un savoir ramen\u00e9 du voyage\u201d. 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